Les Cahiers de Centrale Méditerranée Alumni · N° 60, mars-avril 2026

Interview
Ludovic Savariello

Ingénieur de formation, entrepreneur, coach et auteur, Ludovic SAVARIELLO a construit un parcours résolument atypique. De la technique à l’accompagnement humain, il a su faire évoluer sa carrière en s’appuyant sur les bases acquises à l’école pour explorer de nouveaux horizons professionnels. Un témoignage inspirant sur la capacité des ingénieurs à se réinventer tout au long de leur vie.

Paru dans Les Cahiers de Centrale Méditerranée Alumni, n° 60, mars-avril 2026, pages 4 et 5. Reproduit avec l’autorisation de l’association Centrale Méditerranée Alumni.

Ta carrière t’a mené de l’ingénierie à l’entrepreneuriat, puis vers le coaching, la formation et l’écriture. À quel moment as-tu compris que ton parcours ne suivrait pas une trajectoire classique d’ingénieur, et comment as-tu vécu ces différentes transitions ?

J’ai compris très tôt que mon parcours ne serait pas « classique ». Dès le début de ma formation à l’ESIM, quelque chose en moi résistait à l’idée d’une trajectoire toute tracée. Ma passion pour la mer m’a conduit à choisir l’option génie maritime, tout en suivant en parallèle une formation pour devenir moniteur professionnel de plongée.

J’ai toujours considéré que la formation d’ingénieur m’apporterait rigueur, capacité d’analyse et méthode. Elle m’a donné une structure, une discipline intellectuelle. Mais au fond de moi, je n’ai jamais été convaincu que j’y consacrerais toute ma carrière. C’était une base solide, pas une destination finale.

Tu as créé la méthode JUMP@, qui s’appuie sur les neurosciences et l’accompagnement des dirigeants. En quoi ton esprit d’ingénieur – rigueur, méthode, capacité d’analyse – a-t-il influencé la construction de cette approche très orientée vers l’humain ?

En 2012, un grave accident a bouleversé ma trajectoire. Les médecins m’annonçaient deux années alité avant d’espérer remarcher. À cette époque, je dirigeais deux entreprises et je traversais la France chaque semaine. Tout allait s’arrêter. Le télétravail n’était pas développé. Il fallait trouver une autre voie.

Je me suis souvenu d’une conversation, trente ans plus tôt, avec Jacques MAYOL, le premier homme à descendre à 100 mètres en apnée, celui qui inspira Le Grand Bleu de Luc BESSON. Il m’avait dit que rien n’était plus imminent que l’impossible grâce au cerveau. Cette phrase a pris tout son sens.

J’ai décidé de chercher des techniques pour accélérer ma récupération. Grâce notamment à l’imagerie mentale, j’ai pu remarcher au bout d’un an. Les médecins n’en revenaient pas. Pour ma part, j’avais la conviction d’avoir ouvert la première page de la notice d’utilisation de la seule machine qui gouverne notre vie : le cerveau.

Avec ma démarche d’ingénieur, j’ai voulu comprendre la suite de cette « notice ». Je me suis formé à la Programmation Neuro Linguistique avec son cocréateur Richard BANDLER, puis à l’hypnose ericksonienne, aux neurosciences… La rigueur scientifique est toujours restée mon fil directeur. J’ai été formé par des chercheurs en neurobiologie, notamment issus du CNRS.

J’ai ensuite rassemblé ces outils dans une méthode que j’ai appelée JUMP@, parce que c’est grâce à elle que j’ai pu remarcher plus vite que le diagnostic initial. À ce moment-là de ma vie, cela faisait déjà vingt ans que je créais des entreprises dont le point commun était l’innovation au service du quotidien.

Naturellement, j’ai voulu transmettre. J’accompagne aujourd’hui des chefs d’entreprise sur les thèmes de la performance et de la croissance, dans une période où il est encore possible de se développer malgré les incertitudes économiques. J’interviens aussi auprès d’autres professionnels, notamment certains footballeurs de l’équipe de France, toujours sur cette question de la performance.

Beaucoup d’ingénieurs hésitent à s’éloigner des métiers purement techniques. Quelles compétences issues de ta formation initiale t’ont été les plus utiles pour réussir dans des domaines aussi variés que l’entrepreneuriat, le coaching ou la transmission ? Et quelles ont été tes expériences les plus remarquables en termes de réussites ou de difficultés ?

Ma formation d’ingénieur m’a donné la rigueur scientifique, la réflexion analytique et le sens de l’observation appliqués à des problématiques concrètes. Ces compétences sont essentielles pour un entrepreneur.

Mais sans « soft skills », les bénéfices peuvent rapidement s’évaporer. Comprendre l’autre, s’adapter, ajuster son management, donner du sens : c’est indispensable, même lorsque l’on est auto-entrepreneur. Mes accompagnements avec des sportifs de haut niveau m’ont d’ailleurs montré à quel point le stress, la motivation, le sens et le management sont souvent mal gérés en entreprise.

Quant aux réussites et aux difficultés, mon cerveau les range au même endroit. L’échec est la base de l’apprentissage. La valeur que l’on donne à l’échec, notamment en France, est totalement décorrélée du fonctionnement du cerveau.

Pour apprendre à marcher, un enfant chute en moyenne plus de 500 fois. Imaginez si les enfants de dix mois avaient la même peur de l’échec que nous, adultes. Ils concluraient que la marche n’est pas faite pour eux et décideraient de passer leur vie à quatre pattes.

La réussite, en revanche, prend tout son sens lorsqu’elle s’accompagne de partage et de transmission. Je l’ai profondément ressenti le premier jour de mon spectacle « Les doigts dans la crise », dont l’objectif est de transmettre au plus grand nombre cette « notice d’utilisation » du cerveau. Ce « psyshow » est un format hybride entre le one man show et le TEDx.

Ton livre « Votre cerveau, fournisseur officiel de bonheur » traduit une volonté de rendre accessibles des notions complexes. Vois-tu un lien entre la pédagogie acquise au fil de ton parcours et la démarche de vulgarisation scientifique propre à la culture ingénieur ?

Totalement.

Mes éditeurs, Robert LAFFONT et Versilio, ont adhéré au projet précisément pour cela : il s’agit d’un ouvrage de développement personnel porté par une démarche scientifique, expliquée par un ingénieur qui tente de vulgariser des outils que tout le monde devrait posséder.

Il est paradoxal que, dans notre parcours académique, nous n’apprenions pas à utiliser cette fabuleuse « machine » qui contrôle nos pensées, nos choix, nos actions, notre stress, notre motivation, nos émotions, nos sentiments, notre optimisme ou notre pessimisme – en somme, notre manière de voir le monde.

Nous devrions commencer par cela à l’école.

Avec le recul, que t’a apporté ton passage à l’école dans la construction de cet itinéraire atypique ? Et quels conseils donnerais-tu aujourd’hui aux jeunes diplômés qui souhaitent, comme toi, explorer des voies professionnelles moins conventionnelles ?

Il ne faut pas se laisser enfermer dans des cases ou des standards. Dans ces prisons mentales, rien n’est possible.

Un ami médecin en soins palliatifs me confie souvent que les plus grands regrets de ses patients tiennent en une phrase : ne pas avoir osé.

Alors faites. Osez. Échouez. Recommencez.

Vous apprendrez. Vous serez vivants. Et vous réussirez.

Couverture du livre Votre cerveau, fournisseur officiel de bonheur Affiche de la conférence-spectacle Les doigts dans la crise

On en parle ?

Trente minutes au téléphone. Vous m’exposez la situation, je vous dis franchement si je peux vous être utile.